Comment peut-on être
socialiste en 2008 ?
Dans le cadre de la préparation par notre parti de son 8ème congrès, ordinaire certes, mais avec des dispositions extraordinaires, et dans ce débat
d’idées mené par les militants socialistes de l’USFP notamment sur le parti, sur le Maroc actuel et sur le projet sociétal que nous proposerons à nos concitoyens, je livre ici ma réflexion sur le
socialisme tel que je le vois aujourd’hui, comme une utopie que l’on devrait concourir à triompher.
Je tomberais sûrement dans le ridicule si j’ose avancer, ne serait-ce que vis-à-vis de moi-même, que je pourrais répondre à cette grande question : Comment
peut-on être socialiste en 2008 ? Toutefois, comme tous les socialistes de ma génération je me pose bien cette question, et bien d’autres : quel est le projet de société du socialisme
aujourd’hui ? Quel modèle économique propose le socialisme ? jusqu'où on peut aller dans « la libéralisation » tout en étant social-démocrate? Quelle définition de
l'Etat ? Comment repenser l'identité de gauche? Le trotskisme, le maoïsme, le léninisme - marxisme, … ont-ils encore une existence aujourd’hui en tant que pensée ?
Je ne prétends aucunement répondre à toutes ces questions, mais je promets d’en formuler d’autres. Questions légitimes que se posent les militants et que posent
aussi les citoyens ici et ailleurs.
Cerner une seule définition du socialisme n’est pas une tâche facile. Plusieurs études académiques se sont attelées sur ce sujet, mais communément on peut le
définir comme suit ( d’après l’encyclopédie libre wikipédia ) : « Le socialisme désigne un système d'organisation sociale basé
sur la propriété collective (ou propriété sociale) des moyens de production[], par opposition au capitalisme. Il est l'objectif de divers courants apparus et développés depuis le
XIXe siècle, et ayant abouti
aujourd'hui aux différents courants : marxistes et anarchistes, ainsi qu'aux sociaux-démocrates ». Le socialisme est aussi une idéologie liée à des hommes. On ne peut parler de
socialisme sans parler par exemple de : Saint Simon, Karl Marx, Bertrand Russel, Trotski, Lénine, Mao, Guevara, Castro, Ben Barka, Nasser, … des
hommes qui ont, par la pensée ou par l’action, marqué le socialisme.
Après avoir formulé mes questionnements et donné une définition, prétendons académique, je vous propose ma déclinaison du socialisme. Le socialisme aujourd’hui est
une pensée, une action, un système sociétal, une utopie qui mettent avant ce que je conviens d’appeler le triangle socialiste : 1 - Equité sociale – 2 - Démocratie – 3 –
Modernisme. Les socialistes œuvrent pour faire triompher ces 3 valeurs, indissociables par ailleurs, au sein de notre société.
Nous ne pourrons être avec ce Néo-Makhzen qui veut le modernisme sans la démocratie. Nous ne pourrons être avec les obscurantistes qui cherchent une prétendue
équité sociale sans modernisme. Nous ne sommes pas des affairsites pour demander le modernisme sans équité sociale. Il ne faut pas qu’on tombe
également dans le radicalisme et demander la démocratie sans équité sociale ou l’équité sociale sans démocratie. Le triangle de valeurs socialistes est un triangle intègre. Il ne peut
être fragmenté.
Toutes les autres valeurs de la gauche ou du socialisme peuvent être des corollaires du triangle. L’essence même de notre action et de notre ancrage populaire est
tributaire de notre respect de l’avancée à pas cadencées des trois valeurs du triangle :
1 – Equité sociale : égalité des chances, soutien aux couches démunies, justice indépendante, système éducatif citoyen, constructeur, égalité des chances,
valeurs du travail, du mérite, du civisme, du droit, de la responsabilité, du respect, égalité des chances, …
2 – Démocratie : Expression libre des forces populaires, transparence des urnes, indépendance des pouvoirs, Etat de droit, Souveraineté populaire, …
3 – Modernisme : Primauté de l’individu, Cohésion sociale, libertés, ouverture, entretien de notre identité, progrès, progressisme, …
Le Maroc aujourd’hui vit un mouvement salutaire au sein de la société dû notamment au climat d’ouverture et des libertés amené depuis l’alternance et le nouveau
règne. Nous devons, cela va de notre mission et de notre raison d’être, d’accompagner les marocains et de les encadrer en leur offrant un projet de société pouvant susciter de l’espoir et fédérer
les efforts et les énergies de ceux qui partagent nos valeurs. Pour les jeunes, nous lui devons une utopie, avec les ingrédients qui vont avec : stratégies, accompagnement, idoles, …
Introduction à l’approche sociale :
Sur le plan conceptuel, la catégorisation de la classe moyenne, cheval de bataille du socialisme, de l’ouvrier « smigard » au cadre supérieur en passant
par les professions libérales est à mon sens dépassée. Prendre cette couche sociale pour une unité, dans notre contexte actuel, va sans comprendre les conflits qui peuvent y être générés du fait
de la contradictions de leurs intérêts. L’approche à adopter pour prévaloir l’équité sociale est le travail d’harmonisation au sein même de cette méga-classe. En effet, comment voulons nous
développer le même langage dans les affaires sociales pour une ouvrière touchant le Smig à Casablanca et un cadre supérieur touchant 10 fois ce salaire à Boujdour ? La première vit au seuil
de la pauvreté, exige un service public de qualité et gratuit, tandis que le second peut avoir des craintes de précarité et cherche un épanouissement secondaire dans la pyramide de Maslow.
Toujours dans le même enchaînement d’idées, et sachant les grandes mutations que connaît le Maroc d’aujourd’hui, la
question des génération se pose avec insistance. Sur le plan social, le jeune marocain demande une éducation équitable, un travail digne, de la culture, tandis qu’un quinquagénaire pense plus aux
problèmes de retraite, de santé, …
Il est aussi de notre devoir de combattre courageusement les inégalités sociales : comment refuser à un diplômé chômeur sa revendication ( injuste par ailleurs
) de travail dans l’administration alors qu’on offre à X des « grimats » qui rapportent des millions de dirhams, sans mérite et sans travail ? Comment admettre qu’à revenues égaux,
un cadre supérieur paie 39% d’IGR ( taux mixte moyen estimé sur la base la tranche supérieure d’imposition), une personne morale paie 35% d’IS, un agent de la bourse paie 15% d’IGR et un grand
agriculteur ne paie pas un sou ?
Notons ici que si le social est par essence notre principale revendication, il ne faut guère, comme je l’ai souligné plus haut, qu’on s’y penche
exclusivement.
Sur la démocratie :
Dans notre approche, depuis 1975, nous avons adopté la sociale – démocratie comme idéologie et moyen d’action. Nous croyons fort, et le temps nous a donné raison,
que les réformes au sein même du système est capable d’émanciper nos valeurs de gauche. Seulement, nous nous sommes inscrits, avec nos collègues de la koutla, dans une ère, que j’avais décrite
comme consommée et consumée dans un précédent article, dans cette logique de réformes lié à une étape. Sans vouloir faire le bilan de l’étape, la démocratie est en effet une construction à
entretenir et à consolider. Si nous avons réalisé des avancées considérables, notamment dans les droits, l’émancipation de la femme, la libération des forces vives ( culturelles, artistiques,
médiatiques, … ), … nous constatons que la construction a besoin de consolidation et de rehaussement. Effectivement, l’exercice nous a montré combien elles sont nécessaires les réformes
constitutionnelles : indépendance de la justice, « coutume démocratique » dans la désignation du premier ministre, désignation des hauts fonctionnaires de l’administration civile,
constitutionnalisation de l’amazighité, de la régionalisation, des droits de l’hommes, …
Toutefois, et en rappel de mon triangle socialiste, nous ne devons pas encore que les seules réformes constitutionnelles sauront résoudre tous les problèmes du
marocain.
Modernisme.
Un grand souffle libérateur pousse dans la société marocaine. Une jeunesse en quête d’expression de talents. Un espace culturel qui a besoin d’espaces. Une
aspiration populaire et légitime pour la modernité. Saurons nous accompagner cette mouvance ? Est-on capable de susciter le progrès ? Est-on à l’avant-garde ? Telles sont les
bonnes questions que tout progressiste du Maroc doit se poser. La société marocaine vit une gestation : entre un désir de modernisme et des contraintes culturelles et des habitudes
obsolètes, la société bouillonne. Nous devons être le porte drapeau du progressisme.
A cet égard, nous avons la responsabilité de nous clarifier. Des questions majeures attendent de nous des réponses sans ambiguïtés : libertés individuelles,
laïcité, liberté d’expression, émancipation culturelle, égalité des sexes, épanouissement de l’individu contre centralité de la religion, langues,
…
Un autre Maroc est possible.
Pour paraphraser le forum social, un autre Maroc est possible. Un Maroc plus démocratique, plus moderne, et un Maroc qui offre les mêmes chances à tous les
marocains. Un Maroc ouvert sur son environnement régional et mondial, décomplexé, capable d’affronter la mondialisation et d’en tirer profit, un Maroc fier de sa culture, réconcilié avec son
passé et optimiste quant à son avenir.
Nous ne voulons pas avoir la démocratie seule ( exemple de l’Iran ), nous ne voulons pas le modernisme exclusivement ( exemple de certains pays du golf, ou certains
signes de modernité n’ont pas su résoudre les problèmes de la population ), nous n’acceptons pas l’équité sociale en oubliant le reste ( exemple de Cuba ). Nous souhaitons avancer et faire
avancer notre triangle de valeurs.
Je croix fort que nous sommes majoritaires à partager ces valeurs. Notre défi, usfpéistes, est de formuler le bon projet, de savoir le vendre et de donner
l’exemple.
Mounir BENSALAH.